Chirographe : ancêtre du PGP ?

Gallica/BNF
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Si PGP est un outil très utilisé de nos jours pour sa capacité à assurer l’authentification d’une communication et pour signer des données de manière virtuelle, ces problématiques remontent à bien avant l’ère informatique. Je vous propose de parler ensemble d’un ancêtre lointain : le chirographe.


Rien à avoir avec votre chiropracteur…

…si ce n’est l’étymologie commune de « chiro » venant du grec et signifiant la main. D’un côté vous avez la personne qui vous fait des trucs indéterminés avec ses mains et de l’autre, vous l’aurez deviné tout seul avec le « graphe » qui reste, quelqu’un qui écrit à la main.

Pour ceux qui ne l’aurait pas remarqué, « graphe » se retrouve aussi dans de multiples mots tels que « graphème » : la plus petite entité d’un système d’écriture, typiquement une lettre dans un alphabet.


Quel est le rapport avec PGP ? 

Pour comprendre le rapport, il faut déjà que tous les lecteurs qui passeraient par ici aient une vague idée au moins du fonctionnement de PGP, du coup petit explication rapide.

La technique sur laquelle repose cet outil moderne s’appelle le cryptage asymétrique. Pas de panique, on va rendre ça le plus simple possible.

Pour chiffrer et déchiffrer un message deux clés sont utilisées : une privée et une publique.

Si Cornelius Von Email veut écrire à Cornelia Von Couriel qu’il aimerait bien qu’elle arrête de lui envoyer des promotions sur les timbres tout en limitant le nombre de personnes qui pourraient lire son message, voici comment il va s’y prendre.

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Il récupère la clé publique de Cornelia Von Couriel et passe son message

Kicou, arrête ce spam, je ne suis pas philatéliste ! Lol

à la moulinette (ou avec un logiciel, c’est plus efficace) ce qui donne approximativement :

az8f49e4z94gg4gh46fdh4°=f*fùsfĝhlkg$fs XD

Ce qui vous en conviendrez, n’est pas très clair…

Il envoie ensuite son message par pigeon (vous vous attendiez à quoi ?) à Cornelia Von Caramail, son petit surnom pour les intimes, qui va, après s’être exclamée

Ohhhh un message de Cornelichou !

passer le bazar dans sa propre moulinette mais en utilisant sa clé privée, dévoilant le message que vous connaissez.

C’est en utilisant deux éléments, clé privée et clé publique, que l’on a pu sécuriser la communication.


à voir aussiSi ma super histoire s’appuyant sur des recherches historiques dignes des studio Disney ne vous paraît pas très claire vous pouvez aller regarder l’explication plus conventionnelle chez Openclassroom.

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Mais le chirographe alors ?

Ces documents, existants au moins depuis le IXème siècle jusqu’à la fin de la période médiévale, servaient de validation officielle, que ce soit pour des ordres, actes notariés ou de justice.

Il existe plusieurs variantes de chirographes :

La première consiste en 1 document copié au moins à 2 reprises sur 1 même feuille avec écrit au centre « CHIROGRAPHE » (parfois même un dessin) et qui sera découpé au milieu du mot en 2 parties confiées à chacun des intéressés, qui pourront vérifier l’authenticité en rapprochant les morceaux.

1177 - Charte sous forme de chirographe de Matthieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, agissant en accord avec son frère Philippe et son épouse Éléonore de Vermandois, et de l’abbé de Saint-Martin de Pontoise par lequel ils attestent avoir échangé des terres à Chambly et Boran-sur-Oise. La partie supérieure est conservée aux Archives nationales et la partie inférieure aux Archives départementales du Val-d'Oise. Chacune est scellée des sceaux du comte et de l'abbé, aux revers desquels la comtesse et l'abbaye ont contre-scellé. - Wikimedia
1177 – Charte sous forme de chirographe de Matthieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, agissant en accord avec son frère Philippe et son épouse Éléonore de Vermandois, et de l’abbé de Saint-Martin de Pontoise par lequel ils attestent avoir échangé des terres à Chambly et Boran-sur-Oise. La partie supérieure est conservée aux Archives nationales et la partie inférieure aux Archives départementales du Val-d’Oise. Chacune est scellée des sceaux du comte et de l’abbé, aux revers desquels la comtesse et l’abbaye ont contre-scellé. – Wikimedia

à voir aussiJe signale l’exposition virtuelle proposée par les Archives départementales du Val d’Oise


 

On retrouve également la solution avec 1 document copié à 3 reprises sur 1 même feuille avec écrit à 2 reprises « CHIROGRAPHE » et qui sera découpé au milieu des mots en 3 parties, confiées à chacun des intéressés (dont 1 pour archive par un membre neutre tel que cour de justice ou autre institution publique), qui pourront vérifier l’authenticité en rapprochant les morceaux.

Un acte anglais de propriété avec trois chirographes datant de 1303. Les deux copies les plus grandes sont pour les contractant et la dernière est gardée par la cour qui a supervisée le processus. - Wikimedia
Un acte anglais de propriété avec trois chirographes datant de 1303. Les deux copies les plus grandes sont pour les contractant et la dernière est gardée par la cour qui a supervisé le processus. – Wikimedia

C’est cette dernière version qui est la plus facile à rapprocher de PGP puisqu’il y a une partie « privée » et une partie « publique » qui servent chacune à valider l’authenticité du document.


J’espère que ce rapprochement un peu hasardeux mais dont le fond me paraît quand même juste vous aura plu 😉

N’hésitez pas à me dire si vous êtes utilisateurs de PGP, de cryptographes qui sait, ou si vous découvrez tout ça avec ce billet !

Merci d'avance !

Afin que cette zone d'expression soit intéressante pour chacun voici quelques règles :

  1. Lire l'article (rédigé avec amour) et pas simplement le titre, mais personne ne fait ça 😉 n'est-ce pas ?
  2. Indiquer un nom ou un pseudo (pas de mots clés pour le référencement).
  3. Renseigner si vous le souhaitez, votre site principal ou un profil de réseau social.
  4. Rédiger un commentaire dont vous n'aurez pas honte dans 10 ans...

4 réflexions sur “Chirographe : ancêtre du PGP ?

  1. Question intéressante à laquelle je n’ai pas de réponse définitive mais quelques pistes :

    * d’un côté l’utilisation officielle généralement faite des chirographes nécessitaient qu’ils soient lisibles facilement pour être une preuve évidente, d’où les milliers d’exemplaires majoritairement en français (plus courant que latin dans le milieu marchand) qui s’étaient accumulés avec les grandes foires internationnales dans les Flandres, ce qui repousse l’idée de cryptage ; le principe de devoir rassembler les morceaux pour vérifier l’authenticité rend également la discrétion recherché par le cryptage un brin caduque si les propriétaires doivent être en face…

    * De l’autre, c’était aussi un outil symbolique et le contenu n’était pas toujours aussi important que les auteurs ou le fait de le posséder, c’était parfois simple marque de prestige et ce jusqu’à… la seconde guerre mondiale: http://www.la-croix.com/France/Dans-archives-secretes-Seconde-Guerre-mondiale-2016-03-16-1200747151

    Après, je suis loin d’être un spécialiste alors peut-être quelqu’un viendra-t-il me détromper 😉

  2. Bonjour,

    Je suis l’auteur de la découverte de ces deux parties du chirographe de Beaumont.
    Ce que je viens de lire est particulièrement inventif. Il faut poursuivre cela en croisant nos champs créatifs et imaginatifs.

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