Femme et peinture, modèle et artiste – exposer ses découvertes

Il y a quelques temps, j’ai visité une exposition à Evian intitulé « Belles de jour ». Le sous-titre en dit un peu plus : Figures féminines dans les collections du musée des Beaux-Arts de Nantes 1860-1930. Le musée des Beaux-Arts de Nantes, où je réside encore pour un petit mois, est en travaux depuis un moment… c’était donc à l’autre bout de la France que j’ai retrouvé les toiles que j’admirais auparavant si facilement.

Je suis ressorti assez partagé de cette hommage discret à Catherine Deneuve, vous allez voir pourquoi 😉

3 œuvres que j’aime beaucoup


Petite remarque pour commencer, ce ne sont pas mes photos puisque, encore une fois, des collections publiques sont montrées avec l’interdiction formelle de les photographier…

Tous photographe ou pas
Tous photographe ou pas !

En me promenant dans l’exposition voici les tableaux qui ont retenu mon attention :

Jean Jules Antoine Lecomte Du Nouy -L'esclave blanche 1888
Jean Jules Antoine Lecomte Du Nouy (JJA-top moustache pour les intimes)-  L’esclave blanche, 1888

Je trouve qu’il se dégage une sensualité tout à fait intemporelle de cette femme fumant. La composition est à la fois dynamique et construite dans l’idée de figer l’instant, ce que renforcent les détails que sont la fumée expirée et l’eau tombant du tissu essoré à l’arrière-plan… à cela s’ajoute un contraste entre la chevelure rousse et le fond bleu que je trouve du plus bel effet.

Alfred ROLL - le retour du Bal
Alfred Roll – Le retour du Bal, 1886

Une scène à la fois intime et mondaine. Le geste si simple, et peu élégant en soi, de défaire sa robe tant bien que mal à l’aveugle est empreint d’une lourdeur que renforce le vêtement commençant à tomber au sol. Cette lourdeur, c’est la fatigue d’avoir été danser comme tant d’autres femmes et hommes, le fameux bal musette bat son plein à l’époque.

Edgard Maxence. L’âme de la Forêt, 1898
Edgard Maxence – L’âme de la Forêt, 1898

La texture aussi épaisse qu’une tenture médiévale, les couleurs où les dégradés de vert et bleu contrastent avec le rouge et or, vraiment cette toile d’Edgard Maxence, quand bien même serait-elle caractéristique de son travail, n’est pas le type de production que l’on retrouve à tous les coins de rue. Son atmosphère chargée de symbolisme n’est pas non plus pour me déplaire !

Pour plus d’images vous pouvez aussi voir le portfolio du Monde.fr.

Sinon, comme rien ne remplace le contact réel avec l’œuvre, l’exposition se tient au Palais Lumière d’Evian-les-Bains jusqu’au 29 mai 2016 pour info.

Quelques réflexions en passant

Malgré la qualité et la diversité des œuvres présentées, je ne peux cependant m’empêcher de trouver le sous-thème de l’évolution de la vision de la femme traité de façon peu claire alors qu’il était sensé être le fil conducteur. Le monde présent lors de la visite n’a probablement pas facilité les choses…

Ce n’est pas la pire exposition à ce sujet, très loin de là, puisque le tableau illustrant les affiches et flyers est l’œuvre d’une artiste, Tamara de Lempicka, et que sur la cinquantaine de peintres, elles sont « tout de même » 8 femmes exposées.

Belles de jour
Belles de jour – Flyers illustrés par la Kizette en rose

La Kizette en rose de Tamara de Lempicka me semble d’ailleurs symptomatique du traitement assez lisse du thème je trouve. Le parfum de scandale est tout juste évoqué. Le modèle, sa fille de 9 ans, est représentée sous les traits d’une adolescente sensuelle (déchaussée en partie, la position, le regard… bref une lolita pour l’époque). Cela aurait mérité un brin de remise en contexte à mon sens, plus que ce qui est fait en tout cas. Manque d’ambition, contraintes invisibles ou volonté de ne pas risquer la polémique ?

Durant l’exposition, le documentaire “Artistes femmes à la force du pinceau » était également projeté dans une salle peu mise en valeur. Sans parler de la pertinence d’une projection si longue (52mn) quand l’exposition est si courte, l’effort part sûrement d’un bon sentiment mais me semble à nouveau loupé dans la pratique.

Je n’ai donc pu m’empêcher de faire un lien en sortant :

Où sont les Guerrilla Girls ?

Pour ceux qui ne seraient pas familier avec les Guerrilla Girls, une affiche résume bien leur action :

Copyright © 1989, 1995 by Guerrilla Girls
Texte traduit : « Les femmes doivent-elles être nues pour rentrer au Metropolitan Museum  ? – Moins de 5% des artistes dans le département d’Art Moderne sont des femmes, mais 85% des nus sont féminins. » – Copyright © 1989, 1995 par les  Guerrilla Girls – cliquez sur l’affiche si vous voulez voir l’évolution des chiffres pour 2005 et 2012.

Elles ont d’ailleurs fait une version « corrigée » récemment qui est tout aussi pertinente :

2014getnakedmusicvideos
Texte traduit : « Les femmes doivent-elles  être nues pour être dans des clips musicaux ? – Quand 99% des mecs sont habillés ! » – Copyright © 2014 by Guerrilla Girls

Je vous invite à découvrir leur histoire (sur Wiki par exemple ou leur site officiel [en]).

Si le sujet des femmes peintres vous intrigue, n’hésitez pas à faire un tour sur www.femmespeintres.net (très gros boulot 😉 ) où vous découvrirez sûrement tout comme moi plein de noms trop peu connus.

En attendant, gardons l’œil ouvert et l’esprit alerte pour apprécier l’Art mais ne laissons pas utiliser ce concept un peu fourre-tout comme prétexte pour justifier l’utilisation un peu trop systématique du corps féminin réduit à un simple objet de désir (publicitaires entendez mon appel !). Que chacun et chacune puisse vivre sans être étouffé par les stéréotypes qui nous entourent constamment…

Merci d'avance !

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